Shone : une startup de la Silicon Valley fondée par trois français qui ont fait le pari de l’automatisation des navires de commerce.

Shone : une startup de la Silicon Valley fondée par trois français qui ont fait le pari de l’automatisation des navires de commerce.

6 October 2019 6 By Romain Grandsart

Entretien avec Clément Renault, co-fondateur de Shone.

Bonjour Clément, pourriez-vous vous présenter ?

Bonjour et merci de m’accorder cette interview, 

Je suis l’un des co-fondateurs de Shone, désormais basé à Paris et je m’occupe plus particulièrement de la partie Business Development & Sales de l’entreprise.

Je suis diplômé de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et j’ai d’abord travaillé chez Rolls Royce en Angleterre pendant un an sur les moteurs d’avions, notamment sur la modélisation des processus de manufacturing du moteur de l’A380. Je suis ensuite parti à Stanford faire un master en mathématiques appliquées et en machine learning. Je suis resté dans la Silicon Valley en tout à peu près cinq ans pour travailler dans différentes startups dans le domaine du machine learning et du big data, la dernière étant Starsky Robotics focalisée sur les camions autonomes.


« On s’est rendu compte qu’il existait un certain nombre de technologies pour les drones et les voitures encore inexploitées sur les navires »

Comment l’aventure Shone est-elle née ?

Pendant ces expériences, j’ai gardé contact avec Ugo Vollmer, un camarade de l’école des Ponts qui travaillait également sur les voitures autonomes en Silicon Valley, et plus particulièrement sur les systèmes de mapping. Les voitures autonomes ont besoin de cartes haute résolution pour réussir à naviguer dans leur environnement et son entreprise proposait des solutions qui permettaient, à partir de données crowdsourcées, de créer des cartes haute résolution. Nous avons commencé à travailler ensemble puisque nos startups étaient complémentaires sur le projet de camion autonome : j’étais en charge de la partie prise de décision et ça faisait du sens d’incorporer ses systèmes de mapping comme un des inputs à la prise de décision. 

Cela nous a permis de beaucoup échanger et nous avons également été en contact avec Antoine de Maleprade, un ami de classes préparatoires aux grandes écoles de Ugo qui travaillait sur les drones autonomes.

En discutant, on s’est rendu compte qu’il existait un certain nombre de technologies pour les drones et les voitures encore inexploitées sur les navires. Et c’est ce qui nous a donné l’envie de créer Shone !


« Notre projet est de se positionner comme le copilote des navires […] avec deux objectifs : assurer la sécurité (prévention d’accidents, détection d’actes risqués) […] et […] contribuer à l’efficacité énergétique […] des navires. »

Quelle est la raison d’être de Shone ?

Avec Antoine et Ugo, nous avons commencé par échanger sur les technologies qu’on utilisait pour les drones et les véhicules terrestres. Le constat est vite tombé : elles étaient non seulement en grande partie similaires mais elles étaient aussi applicables à d’autres domaines. On retrouve toujours une problématique autour des capteurs et du traitement des informations récupérées.

Cela commence en 2008 avec Google qui lance en premier le projet de voiture autonome. En 2015, la recherche a intégré les camions qui présentaient l’intérêt d’avoir un ensemble réduit de paramètres et de contraintes. Le milieu urbain pour les voitures est en effet très complexe alors que les camions évoluent la plupart du temps sur autoroute avec des parcours plus prévisibles.

Nous avons donc cherché un autre système de transport qui pourrait utiliser cette innovation et le domaine du transport maritime s’est avéré très intéressant : l’intégration des nouvelles technologies est particulièrement tardive dans ce secteur, à tel point qu’il a fallu attendre 2018 pour que les ECDIS (Electronic Charts Display Information System – pour la visualisation de cartes marines électroniques) soient obligatoires sur tous les navires de commerce.

On a également constaté que le monde maritime est assez similaire au monde du camionnage : la navigation en pleine mer dure des semaines et n’est pas extrêmement compliquée. On demande alors à des humains de rester éveillés 24h/24h et en pleine forme pour exercer une veille attentive. Cela mène à la fatigue, à la distraction et parfois à des accidents qui peuvent paraître absurdes.

Notre approche est très simple, elle part du constat que les humains sont exceptionnels sur la partie prise de décision et sur la compréhension d’environnements complexes, par contre ils sont assez mauvais sur des tâches répétitives qui peuvent finalement apparaître comme rébarbatives. Dans ce contexte, notre projet est de se positionner comme le copilote des navires en aidant les équipages à prendre la bonne décision au bon moment avec globalement deux objectifs en tête. Le premier est d’assurer la sécurité qui englobe la prévention d’accidents mais aussi tout ce qui va être lié à la détection d’actes risqués tels que la piraterie. Le second vise à contribuer à l’efficacité énergétique, l’exemple le plus connu étant le slow steaming pratiqué depuis la crise de 2008 pour monitorer les vitesses des navires et limiter leur consommation de carburant.


« On s’attend ainsi à une augmentation du prix du carburant de 30 à 50% […] pour les sociétés de shipping »

Pouvez-vous nous donner des exemples d’application où Shone apporterait une aide technologique ?

Voici quatre exemples d’application :

  • En ce qui concerne la piraterie, on a malheureusement vu cet été deux événements récents dans le détroit d’Ormuz avec l’Iran.
    Un tanker a été retrouvé en feu au mois de juin 2019, vraisemblablement victime de mines installées à leur insu. De même au mois d’août 2019, un autre navire s’est fait arraisonner probablement parce que son GPS a été spoofé (usurpation d’identité électronique) de telle sorte qu’il est entré en eaux territoriales pensant qu’il était en eaux internationales.
  • Également sur la gestion des risques liés aux embarcations, il y a l’exemple du MSC Guyane saisi en Juin 2019 dans le port de Philadelphie avec environ 16 tonnes de cocaïnes à bord.
    Les éléments rassemblés pour le moment montrent que quatorze petits bateaux sont venus apporter des sacs de cocaïnes pendant la nuit. Ces sacs ont été transportés à bord par une partie de l’équipage en utilisant les grues du bord. Ce sont des problématiques que les compagnies maritimes ne peuvent absolument pas se permettre d’avoir.
  • Une meilleure intégration des paramètres utiles à la navigation tels que les systèmes type GMDSS (Global Maritime Distress and Safety System) et les zones ECA (Emission Control Area).
    Ces dernières regroupent des zones à contrôle d’émission (en Europe, aux US, en Chine) et également des réglementations locales. Par exemple au large de la Californie, il y a des réglementations sur les vitesses, notamment pendant les périodes de reproduction des baleines.
  • Les besoins du secteur sur l’émission de soufre des navires dans le cadre de la loi Sulphur 2020 par l’OMI (Organisation Maritime Internationale).
    Les navires sont les plus gros émetteurs d’oxydes de soufre et d’azote au monde. Il est dit que les quinze plus gros cargos polluent autant que toutes les voitures du monde. Ce n’est pas vrai sur le dioxyde de carbone, mais ça l’est sur les oxydes de soufre en revanche. Pour contrecarrer ce problème environnemental, l’OMI a décidé que la concentration en soufre du carburant allait devoir être drastiquement réduite à partir de 2020. On s’attend ainsi à une augmentation du prix du carburant de 30 à 50%. Pour les sociétés de shipping, qui opèrent à marge réduite, la maîtrise de leurs coûts de consommation de carburant devient de plus en plus un enjeu majeur.

Et si on veut en savoir plus ?

Venez visiter notre site www.shone.com !

Vous pouvez aussi me joindre par mail à clement@shone.com